2008. Comme l’année passée, je veux à nouveau prendre le départ du semi-raid du golfe du Morbihan, mais, une fracture du péroné vient contrecarrer mes projets.Grrrrrrr. J’appelle le Président de l’organisation du raid du golfe pour lui faire part de mon forfait.
C’est alors qu’il me répond : - « Et bien à l’année prochaine, mais sur le grand parcours, il est tellement beau ».
Moi - « vous n’y pensez pas, je ne suis pas du tout à la hauteur ».
Mais voilà, cette petite phrase anodine est dite, et elle commence à s’immiscer dans mon esprit. Alors, est-ce la frustration de ne pas avoir participer en 2008, est-ce le fait d’avoir parcouru les 100 km de Millau fin sept 2008 avec beaucoup de plaisir ?? Je ne sais pas. Mais ce dont j’étais certaine en ce début d’année 2009, c’est que je me lancerai sur le grand raid du golfe du Morbihan.
Petit message à Alain, coach qui m’accompagne depuis un moment déjà. Il est partant pour m’aider à relever ce nouveau défi !!!
Cette course promet d’être une superbe aventure avec en fond d’écran de merveilleux paysages – Bretons s’il vous plait !!
L’entraînement se passe bien, mais à quelques jours du départ, le doute s’installe en moi. C’est horrible, j’ai l’impression que j’ai présumé de mes capacités, j’ai des douleurs partout. Je sais que je commence à somatiser et j’essaye de me moquer de moi, mais… le doute est là. Je cherche alors sur le net des récits de personnes qui ont vécu cette aventure. Je sais dorénavant qu’il faut s’attendre à souffrir sur ce genre d’épreuve. Je n’ai pas encore connue la souffrance en courant, alors je m’y prépare psychologiquement. L’abandon peut aussi être une possibilité ; Mais ne pas lâcher trop vite car d’après mes lectures, on peut tomber moralement très bas, puis se trouver une nouvelle énergie. Je visualise tout de même l’ampleur de l’aventure.
J-1 : je prépare mes nombreux sacs que je déposerai pour pouvoir me changer aux endroits prévus à cet effet : Larmor Baden, Vannes, Sarzeau + un sac pour l’arrivée. C’est une sacrée gestion. Prévoir des tenues chaudes, des tenues légères, du ravito…
Jour J : Charly vient me chercher vendredi matin. Nous ferons le voyage ensemble pour nous rentre au départ. Cela me plait énormément. A deux, on parle et on pense moins à soi et à ses états d’âme. Pour me rassurer avant le départ, j’achète une paire de boosters. Bcp des participants en ont. On me dit que c’est vraiment bien, et, comme j’ai besoin de quelque chose qui me donne confiance, allez, j’en prends !!! Bon, je ne sais même pas comment cela s’enfile

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Départ à Locmariaquer.
Nous sommes environ 500 personnes à prendre le départ. Charly me présente des connaissances à lui. Tout le monde semble décontracté. Cela me fait du bien. Je commence à me détendre.
17H30 . Enfin le départ !! Avec une demi-heure de retard, mais bon ce n’est rien. Pour moi, c’est comme une délivrance, cette attente n’en finissait pas. Il fait chaud, il faudra penser à bien s’hydrater surtout. Je n’ai pas de plan de course pré-défini, sinon partir doucement et marcher dès qu’il y a du dénivelé pour me préserver. C’est cette technique qu’adoptera une bonne partie des coureurs. Mon objectif est d’arrivé au bout en bon état, si je pouvais mettre entre 38 et 40h, ce serait bien. Mon cardio est haut, + de 165 pulses. Pourtant je n’ai pas l’impression d’aller vite. Sans doute l’exaltation du départ, la chaleur… Déjà je fais quelques rencontres sympathiques. Les gens discutent facilement, ils sont souriants. Je réponds, je reste quelques instants avec les uns ou les autres, mais j’essaye surtout de trouver « mon rythme » car mon cardio ne veut pas descendre. Je fais la connaissance de René dont c’est la 5ème participation. Il me dit que, d’après lui je suis trop rapide pour un départ. Je ralenti donc. Fais attention, ce n’est que le début. Ecoute les conseils de ceux qui s’y connaissent. Il me dit qu’il fait cette édition en douceur car le week-end d’après il doit participer à un 250 km. Waouh ! Et en douceur pour lui c’est environ 30h.. Bon, je ne vais pas le suivre alors. Déjà Auray. Papy et Mamy sont sur le bord du chemin. Je m’arrête, les rassure, je vais bien – ils ont du mal à comprendre que je participe à ce genre d’expédition (d’ailleurs papy suivra mes pas sur internet afin de vérifier que je vais bien. Il s’était mis dans la tête que j’allais faire une crise cardiaque !). Le paysage est sympa. Des chemins agréables. Je me surprends à sourire, mon esprit vaque à ses occupations, je regarde le paysage et….. La chute. Je m’affale de tout mon corps. Voilà, ça m’apprendra à manquer de vigilance. La chute est lourde. Genoux, cuisse, bras seront biens éraflés. Et le visage ? Il a cogné par terre également. Comme je suis tout de même une fille, j’appréhende d’être marquée au visage. Bon, je saigne mais si la figure n’a rien, ce n’est pas grave. Je touche. Non, a priori, rien. Bon, je continuerai donc et me ferai soigner dès que possible. Même pas 4h de course et déjà une chute. C’est une bonne leçon. Vigilance, vigilance donc.
Ah voilà le joli port de St Goustan sous le soleil. Un ravitaillement au bout, et une équipe de secours. Je me fais soigner par un médecin tout à fait charmant qui vérifie tout de même que je suis lucide avant de me laisser partir en me disant que je ne suis vraiment pas douillette. Il me recommande tout de même de ne pas rester seule pendant la course car il va y avoir des racines et des cailloux. Ok j’en prends bonne note. Je vais me ravitailler, je discute avec des concurrents et René, le même que celui de tout à l’heure me taquine en me disant que cette mésaventure ne me serait pas arrivée si j’étais rester avec son groupe. Et bien c’est dit, je vais rester avec eux car la nuit devrait arrivée et c’est vrai qu’à plusieurs on y verra mieux. Je ferai donc le chemin de St Goustan à Larmor Baden avec René, Francis (je ne sais pas encore, mais ce dernier sera mon compagnon de route jusqu’à la fin) et deux autres compères dont je ne sais plus les prénoms. Avec eux, je vais voyager !! Ce ne sont pas des novices sur l’ultra. Ils ont fait la 5.5.5., la 3.3.3. ( ?) Et d’autres courses en Egypte, et ailleurs. Les sentiers côtiers ont fait leur apparition, les marches aussi. Mais que c’est beau. Il faut profiter car la nuit arrive et cette nuit, il n’y a pas de lune. Alors, là pas question de regarder le paysage, il faut de toute façon se concentrer sur ses pieds pour ne pas tomber. Cela ne nous empêche pas, à maintes reprises de buter dans des cailloux ou des racines !! Mes pieds s’en rappellent encore. Le balisage est tout à fait correct. Les chemins que nous suivons sont font pour la plupart, partie du GR. Cependant, nous nous tromperons quand même de route à 3 reprises en nous rallongeant un peu ! A chaque ravitaillement, nous prenons le temps qu’il faut – rien ne presse.
Larmor Baden. 51 km. Il fait nuit. Là il faut se changer pour passer le reste de la nuit. Nous prendrons aussi une collation chaude : soupe, pâtes. Je retrouve Charly et ceux qu’ils m’avait présentés à Locmaraiquer : Frank de Rennes, David (pompier 22) avec son compagnon de route.
Au moment de repartir, deux de mes compagnons de route déciderons de rester sur place pour dormir un peu. René lui est reparti. C’est vrai qu’il a un objectif temps. Francis et moi décidons alors de repartir ensemble. Lui ne veut pas forcer l’allure car il sort d’une blessure et n’es pas préparé comme il se doit. Moi, je veux surtout arriver à Vannes dans un bon état, car c’est après Vannes que tout va se jouer.
Vannes !!! Nous allons pouvoir faire une grande pause. Nous nous octroyons deux heures : une bonne douche qui fait le plus grand bien au corps mais aussi à l’esprit, un repas (un potage aux pâtes, saucisson, riz au lait. Le tout arrosé d’eau pétillante), quelques échanges avec nos compagnons de courses que nous croisons régulièrement aux ravitaillement et un

de 50mn. Que les pauses passent vite. Déjà Francis me réveille. Je saute dans mes tennis, le rejoins à l’extérieur et nous partons pour la seconde partie de notre expédition. Les jambes sont un peu rigides, nous marchons pour bien les échauffer. Le port de Vannes nous accueille déjà sous la chaleur. Les passants nous encouragent. La journée s’annonce bien. Nos deux compagnons (dont je ne sais toujours pas les prénoms) nous rejoignent. Ils sont en pleine forme !! Allez, vous venez avec nous ? On se remet à alterner footing sur le plat et marche en côtes. Mais très vite, nous les laissons partir car leur forme du moment est supérieure à la nôtre et ce serait bête de se mettre dans le rouge. Bon vent et à bientôt. Nous continuerons tout de même à alterner footing/marche pendant environ 1h30. Les chemins sont agréables. On profite à nouveau du paysage qui vraiment est splendide. Que de maisons avec piscines sur le bord de la côte. Et quelles maisons ! La mer est bleue et le sable accueille déjà des corps qui se laissent dorer au soleil. Et nous, nous avançons. Nous voici au ravitaillement de Sené. Il est indiqué « vous avez parcouru 110 km – reste 67 km à parcourir ». Yes !!! Je n’ai jamais dépassé les 100 bornes. Je suis déjà très heureuse. Nous repartons. A présent, nous décidons de marcher. Il fait vraiment très chaud. Au départ, le rythme reste bon. Mais petit à petit la chaleur commence à nous peser. Pourtant, nous arrosons régulièrement nos casquettes et nous nous hydratons correctement. Mais la fatigue est là tout de même. Nous décidons alors qu’au prochain ravitaillement nous nous allongerons un peu. Nous ne serons pas les seuls à trouver qu’il fait chaud. Que de personnes allongées dans l’herbe !! Ces 15km qui nous séparent de Noyalo me semblent durer une éternité. Nous mettrons à peu près 2h45 pour les parcourir. Noyalo enfin ! Collation et pause sur les lits de camps de…. 10mn. C’est tout ? Francis dit que c’est bien. Une gentille bénévole propose de nous réveiller au cas où. A croire que je ne mets pas longtemps pour m’endormir, j’ai eu l’impression de fermer les yeux un instant et déjà on vient me chercher. Allez courage, le prochain arrêt c’est Sarzeau et là, tu pourras faire un bon somme.
Nous repartons, toujours aussi confiants. Marche bien sûr. Sur nôtre chemin, nous rencontrerons une femme qui commence à peiner. Nous lui proposons de se raccrocher à notre wagon. Elle nous suivra ainsi jusque Sarzeau puis s’en ira de son côté car elle ne souhaite pas s’attarder trop longtemps sur ce site.
Ah Sarzeau, il était temps d’arriver – mes yeux commençaient à se fermer malgré moi. Nous étions de plus en plus silencieux depuis le départ de Noyalo – chacun se concentre sur soi et nous respectons chacun le silence de l’autre. J’ai des ampoules aux pieds qu’il va falloir traiter car elles commencent à me faire mal. Francis a les même soucis d’ailleurs. Alors après un bon verre d’eau pétillante et un potage (mon estomac ne supporte plus grand-chose), nous irons tous deux nous faire soigner. Aïe !!! Mais ça fait mal !! Je ne savais pas qu’on soignait des ampoules comme ça. On injecte de l’éosine avec une seringue. Difficile de rester de marbre quand la podologue me traite l’ampoule sous le pied. Je lui montrerai encore une que j’ai au talon du même pied, mais pour les autres, tant pis, je vais les garder. Ca fait trop mal. Pourtant la podologue est charmante et je la remercie de sa gentillesse. Elle me met de l’élasto en plus des pansements à ampoule afin que je puisse continuer confortablement me dit-elle. Heu, je n’arrive plus à poser le pied à terre tellement je souffre… petit moment où tout s’enchaîne dans ma tête… et si je ne pouvais pas continuer à cause de malheureuses ampoules ? En plus le genou qui me lance à un point ! Mais n’importe quoi, tu ne vas pas te laisser abattre par des petits détails. Ah, le médecin est là. Il me soigne à nouveau ma plaie au genou et je lui dis que la douleur devient intense. Alors il me donne encore un doliprane à prendre maintenant et un autre dans 4 heures !!! MERCI ! C’est en claudiquant que je vais me coucher, mais avant petite toilette avec des lingettes et tenue de nuit à enfiler. Nos deux heures de pause sont déjà terminées et il faut se lever. Là j’ai moins bien dormi car nos compagnons de chambré n’ont pas cessé de discuter. Je pose le pied comme je peux à terre. Hou la la. Pas facile. Mais il ne reste que 34 km, alors le moral est bon. On sort de la salle et au tournant nous sommes appelés par des personnes assises à la terrasse d’un restaurant. Des jacquolandins. C’est vrai que nous avons quelques jacquolandins qui participent au raid ainsi qu’au trail. Et certains conjoints sont là. On s’arrête quelques instants puis on repart avec le sourire. Les 3 traileurs de St Jacques ne tarderont pas à nous croiser. Ils s’arrêtent quelques instants, on discute, et ils repartent. Mes pieds me font moins mal, mais ces 30 derniers kms je vais les sentir. Que de marches sur les sentiers côtiers ! A chaque fois je j’en descends une je ne sais plus dans quelle position me mettre. Et souvent tout de suite après il faut en remonter d’autres. Sans compter certaines descentes qui ne sont pas évidentes à bien gérées. Je souris car Francis et moi nous sommes aussi maladroits l’un que l’autre dans ces moments là. Pour le reste, le pas n’est pas mauvais. Nous discutons à nouveau. L’approche de la fin nous ragaillardis. Nous savons qu’il y a 1 ravito à 15 km puis un à 9km puis l’arrivée. Le tout est de franchir chaque étape, de ne pas trop longtemps s’y attarder afin de repartir avant que les muscles se refroidissent.
5h du matin. Nous voyons enfin l’arche de l’arrivée !! Les quatre derniers km ont été longs car nous n’arrivions plus à nous situer par rapport au kilométrage. Mais ça y est, nous arrivons au bout du chemin. Quel bonheur ! Je réalise enfin que j’ai parcouru ces 177km…en 35h10. Je remercie Francis pour son agréable compagnie pendant tout le trajet, remercie son épouse de me l’avoir prêter pendant ce week-end. Nous retirons notre t-shirt et la boîte de gâteau. Puis un bon café sera le bienvenu.
Epilogue :
C’est une superbe aventure et je ne regrette vraiment pas de l’avoir vécue. Que de textos et appels amicaux j’ai reçu !! Merci à tous car vraiment, ces petites attentions m’ont été précieuses. Franki m’a fait l’agréable surprise de m’appeler quand j’étais au km 125 – tu vois ça marque !
J’ai aussi pu partager quelques instants agréables avec Charly et d’autres compagnons rencontrés ça et là. J’ai croisé un VTTiste du nom de Christian qui ma reconnue de dos.
Voilà, j’ai vu de beaux paysages, apprécié la nuit où certains sens se développent, soufferts aux genoux et aux pieds pendant plus de 30 km (mais ça je m’y étais préparée mentalement). Par contre, ce que je n’avais pas bien prévu, c’est l’après course. Mettre une jambe devant l’autre était un exercice difficile tout le dimanche durand. La démarche n’était pas des plus élégante. Mais aujourd’hui, après quelques jours de repos. Tout est dans l’ordre et enfin je peux redescendre des escaliers sans souffrir !!!
Un grand merci pour finir à mon coach et ami Alain qui, je ne sais pas pourquoi a une grande confiance en mes capacités (plus que moi en fait) et qui est toujours présent quand je me lance des défis. Merci à toi pour le temps passé à me préparer un plan d’entraînement sur mesure. Sans oublier mes fils qui m’ont bien soutenus pendant la course – jusque 4 appels (même s’ils trouvent que je ne vais vraiment pas bien pour faire des choses pareilles) et mon ami qui est venu récupérer dimanche un truc qui ne savait même plus marcher et qui ne faisait que dormir
Jérôme, je ne doute pas que l'année prochaine tu te lanceras sur cette aventure !!!
Voilà, c'était un peu long, mais 177km c'est long aussi
